XVI
Bouches gourmandes des couleurs
Et les baisers qui les dessinent
Flamme feuille l'eau langoureuse
Une aile les tient dans sa paume
Un rire les renverse.
XVII
D'une seule caresse
Je te fais briller de tout ton éclat.
XVIII
Bercée de clair frémissante pâture
Sur les rives du sang qui déchirent le jour
Le sang nocturne l'a chassée
Échevelée la gorge prise aux abus de l'orage
Victime abandonnée des ombres
Et des pas les plus doux et des désirs limpides
Son front ne sera plus le repos assuré
Ni ses yeux la faveur de rêver de sa voix
Ni ses mains les libératrices.
Criblée de feux criblée d'amour n'aimant personne
Elle se forge des douleurs démesurées
Et toutes ses raisons de souffrir disparaissent.
XX
L'aube je t'aime j'ai toute la nuit dans les veines
Toute la nuit je t'ai regardée
J'ai tout à deviner je suis sûr des ténèbres
Elles me donnent le pouvoir
De t'envelopper
De t'agiter désir de vivre
Au sein de mon immobilité
Le pouvoir de te révéler
De te libérer de te perdre
Flamme invisible dans le jour.
Si tu t'en vas la porte s'ouvre sur le jour
Si tu t'en vas la porte s'ouvre sur moi-même.
XXI
Nos yeux se renvoient la lumière
Et la lumière le silence
A ne plus se reconnaître
A survivre à l'absence.
XXIII
Voyage du silence
De mes mains à tes yeux
Et dans tes cheveux
Où des filles d'osier
S'adossent au soleil
Remuent les lèvres
Et laissent l'ombre à quatre feuilles
Gagner leur coeur chaud de sommeil.
XXV
Je me suis séparé de toi
Mais l'amour me précédait encore
Et quand j'ai tendu les bras
La douleur est venue s'y faire plus amère
Tout le désert à boire
Pour me séparer de moi-même.
XXVIII
Rouge amoureuse
Pour prendre part à ton plaisir
Je me colore de douleur.
J'ai vécu tu fermes les yeux
Tu t'enfermes en moi
Accepte donc de vivre.
Tout ce qui se répète est incompréhensible
Tu nais dans un miroir
Devant mon ancienne image.
Paul Éluard - Capitale de la douleur (Ed. Gallimard)
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